L’obésité : cette épidémie du 21e siècle

 « L’obésité a atteint les proportions d’une épidémie mondiale. Problème autrefois réservé aux pays à revenu élevé, l’obésité existe aussi désormais dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. » (OMS) Comment expliquer cette augmentation fulgurante et alarmante de l’obésité à travers le monde ?

L’obésité, qu’est-ce que c’est exactement ?

L’obésité est une maladie qui a longtemps été contestée en tant que telle et, aujourd’hui encore, sa définition reste compliquée.

Trop de poids ? Trop de gras ? Génétique ? Indice de Masse Corporelle (IMC) trop élevé ? Déséquilibre du microbiote ? …

De multiples hypothèses qui pourraient donner de nombreuses définitions à l’obésité. La définition de l’obésité actuelle se limite à un IMC trop élevé (poids/taille²), c’est-à-dire supérieur ou égal à 30, augmentant le risque de mortalité. Cependant cette définition est réductrice car l’IMC peut être moins pertinent en fonction de certains facteurs comme l’ethnie, le sexe, l’âge ou encore la répartition de masse grasse et de masse maigre.

Véritables phénomènes mondiaux de nos jours, le surpoids et l’obésité touchent 35 % des adultes dans le monde (source : OMS). En France, l’obésité concerne 15 à 16 % des adultes, contre seulement 6.1 % en 1980 (Source : Inserm). Cette maladie n’est pas anodine car les complications associées entraînent au moins 2.8 millions de décès chaque année.

Comment l’obésité a-t-elle pris autant d’ampleur ?

Aujourd’hui, on connaît un développement accru de l’obésité et ce de par notre environnement et notre mode de vie. La société de consommation dans laquelle nous vivons en est la cause première, via une modification de l’alimentation (alimentation abondante et excessive, produits transformés, fast food, haute densité calorique, …) associée à une sédentarité croissante. Cela a créé un déséquilibre de notre balance énergétique, avec un excès des apports par rapport à la dépense. C’est dans ce sens que des mesures hygiéno-diététiques sont données en première intention aux patients, consistant en un rééquilibrage alimentaire ainsi que la pratique d’une activité physique.

Notre environnement semble également jouer un rôle important par l’intermédiaire du stress qui peut jouer un rôle sur la régulation de l’appétit et entraîner des troubles du comportement alimentaire (comme l’hyperphagie boulimique). 

Cependant, d’autres facteurs sont encore en cours d’exploration. En effet, beaucoup d’études ont porté sur les causes génétiques de l’obésité, des mutations de gènes ont été identifiées (par exemple sur le gène de la leptine, hormone de la satiété). [1] Des études sur des vrais jumeaux ont montré que face à un apport alimentaire déséquilibré et excessif, des réponses différentes ont été observées sur les deux individus, démontrant que l’environnent et l’épigénétique, qui sont propres à chaque individu, jouent également un rôle dans le développement de la maladie. Il existe des mutations sur certains gènes qui peuvent entraîner une prédisposition à l’obésité [1]. Cependant, le rôle du patrimoine génétique dans l’obésité est moindre comparé à celui de l’environnement. [2]

Et le microbiote dans tout ça ?

Des recherches ont également permis d’associer le microbiote à cette maladie chronique. Des chercheurs ont réalisés des transferts de microbiote sur des souris sans microbiote. Les résultats ont montré que les souris recevant le microbiote de souris obèses avaient tendance à stocker beaucoup plus de graisses que celles recevant le microbiote de souris saines.[3] Des études chez l’Homme ont révélées que les individus obèses présentaient un microbiote peu diversifié avec deux groupes de bactéries dominantes (Bacteroidetes et Firmicutes)[4]. Ces recherches intéressantes soulèvent des questions, un microbiote peu diversifié peut-il être un cofacteur induisant l’obésité ou en est-il une conséquence et offre des perspectives thérapeutiques intéressantes ?

Les scientifiques parlent aussi de ‘programmation post-natale de l’obésité’, qu’est-ce que cela implique ?

Des expositions et des événements précoces peuvent également avoir de l’importance, même ceux survenant avant la naissance comme par exemple une sous-nutrition, des carences, un retard de croissance intra-utérin, une hypoxie, etc. De nombreuses recherches ont mis en évidence une association entre ces expositions précoces lors de la vie intra-utérine et la survenue de maladies chroniques lors de la vie adulte. C’est le concept du DOHaD (Developmental Origins of Health and Disease) ou le concept des 1000 premiers jours. Ce concept a commencé à voir le jour à la fin des années 1980, plusieurs études ont porté sur des périodes de famine (ex : famine Hollandaise de 1944), périodes durant lesquelles les femmes enceintes ont eu des apports extrêmement faibles. Ces études ont eu pour but d’analyser les conséquences de cette sous-nutrition durant la grossesse sur la santé de l’enfant et de l’adulte. Ainsi, les scientifiques mettent en avant qu’un faible poids de naissance est associé à un risque accru de développer un surpoids, une hypertension ou un diabète de type 2 dans la vie adulte. C’est donc aujourd’hui devenu une préoccupation d’ordre mondial et l’OMS a pour objectif de réduire de 30 % l’insuffisance pondérale à la naissance d’ici 2025.

Inégalités sociales et obésité : mythe ou réalité ?

On observe un lien important entre les catégories socio-professionnelles et la qualité des apports alimentaires.  Ce n’est donc pas un mythe, le niveau socio-économique est aussi en cause face à l’obésité. Plusieurs études sur cette thématique (Obépi, Abena, Cohorte Constance) ont montré que les cas d’obésité chez les enfants issus de parents ouvriers sont 3 fois plus nombreux que pour les enfants issus de parents « cadres ».  En France, la cohorte Constance montre une très forte augmentation de l’obésité, cependant les catégories les plus favorisées ne sont pas touchées par cette augmentation. Ceci augmentant encore plus le facteur d’inégalité sociale.

L’obésité est donc aujourd’hui un combat de santé publique. Les moyens se multiplient afin de protéger la population mondiale de ce fléau : étiquetage nutritionnel, réglementation du marketing, taxes, applications, Nutriscore, … En France le PNNS (4ème version sortie en 2019) a pour but de guider les français dans leur pratiques alimentaires en définissant une alimentation saine.

C’est un sujet au coeur des préoccupations de Biofortis qui mène des études cliniques pour explorer les causes de l’obésité et accompagner les industriels sur de nouvelles perspectives thérapeutiques.

[1] Ahima, Rexford S. « Revisiting Leptin’s Role in Obesity and Weight Loss ». Journal of Clinical Investigation, 1 juin 2008. https://doi.org/10.1172/JCI36284.

[2] Font-Clos, Francesc, Stefano Zapperi, et Caterina A M La Porta. « Gene expression signature of obesity in monozygotic twins ». Physiological Measurement 39, no 4 (26 avril 2018) : 044008. https://doi.org/10.1088/1361-6579/aab85a.

[3] Turnbaugh, Peter J., Ruth E. Ley, Michael A. Mahowald, Vincent Magrini, Elaine R. Mardis, et Jeffrey I. Gordon. « An Obesity-Associated Gut Microbiome with Increased Capacity for Energy Harvest ». Nature 444, nᵒ 7122 (décembre 2006): 1027‑31. https://doi.org/10.1038/nature05414.

[4] Patterson, Elaine, Paul M Ryan, John F Cryan, Timothy G Dinan, R Paul Ross, Gerald F Fitzgerald, et Catherine Stanton. « Gut Microbiota, Obesity and Diabetes ». Postgraduate Medical Journal 92, no 1087 (mai 2016): 286-300. https://doi.org/10.1136/postgradmedj-2015-133285.

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Auteur : Marie Joulaux, Biofortis Mérieux NutriSciences