La maladie d’Alzheimer pourrait-elle aussi être une maladie intestinale ?

Le mois de juin est consacré à la sensibilisation à la maladie d’Alzheimer et au cerveau. À cette occasion, nous souhaitions vous exposer quelques faits scientifiques sur la manière dont notre microbiote intestinal pourrait jouer un rôle important dans la maladie d’Alzheimer.

Alzheimer et démence : définitions

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), « la démence est un syndrome caractérisé par une détérioration de la mémoire, de la pensée, du comportement et de la capacité à effectuer des activités quotidiennes ». On estime que cette maladie affecte environ 50 millions de personnes dans le monde, avec près de 10 millions de nouveaux cas diagnostiqués chaque année.

Comme il n’existe actuellement aucun traitement qui permette de guérir de la démence ou d’en modifier l’évolution, celle-ci affecte de façon significative la qualité de vie du patient et de ses proches. Elle représente aussi un fardeau concret et financier pour la société. En 2015, le coût total de la démence était estimé à plus de 800 milliards de dollars uniquement pour les États-Unis. Sans surprise, l’OMS a donc reconnu la démence comme une priorité de santé publique.

La maladie d’Alzheimer représente environ 60 à 70 % de tous les cas de démence. Il s’agit d’une maladie chronique caractérisée par un déclin progressif des capacités cognitives, qui est généralement tôt au tard associée à d’autres symptômes neuronaux. On pense que le vieillissement et certaines prédispositions génétiques jouent un rôle central. Cependant, les causes exactes de la maladie d’Alzheimer demeurent insuffisamment définies, ce qui explique probablement les échecs et les lacunes des essais cliniques à ce jour.

La neurodégénérescence elle-même est due à l’agrégation dans le cerveau de protéines dont la structure 3D est incorrecte et qui acquièrent certaines propriétés semblables aux prions (comme la protéine responsable de la maladie de la vache folle). Dans le cerveau, l’inflammation, les dommages vasculaires, le déséquilibre de calcium et les perturbations métaboliques énergétiques sont d’autres facteurs pathologiques dans la maladie d’Alzheimer.

Le microbiote joue-t-il un rôle dans la maladie d’Alzheimer ?

Les interactions bidirectionnelles entre l’intestin et le cerveau ont été démontrées depuis plusieurs décennies. Celles-ci ont conduit au concept « d’axe intestin / cerveau », qui implique à la fois des faisceaux de neurones et la voie humorale (c’est-à-dire les liquides permettant la circulation des hormones et des anticorps).

Le microbiote intestinal est au cœur de cet axe intestin-cerveau, il inclut des milliards de microganismes dont 103-104 bactéries. La dysbiose intestinale représente une modification du microbiote intestinal associée à un état pathologique. Un nombre croissant d’éléments scientifiques, venant aussi bien des modèles animaux que des cohortes de patients, montre que les maladies neurodégénératives sont associées à une telle dysbiose intestinale et qu’elle pourrait même faire partie de leur pathogenèse.

Une des façons dont les bactéries intestinales pourraient conduire à la maladie d’Alzheimer est via la sécrétion de protéines amyloïdogéniques (dites « curli ») qui pourraient atteindre le cerveau en empruntant des voies similaires à celles des prions. Cependant, d’autres molécules bactériennes (ex : endotoxines) ou des signaux induits par des bactéries (ex : des cytokines secrétées par les muqueuses intestinales en réponse aux bactéries) pourraient également jouer un rôle après avoir atteint le cerveau par le biais des voies établies dans l’axe intestin/cerveau.

Quelques pistes d’avenir

Il est intéressant de noter que la plupart des études sur le microbiote intestinal, chez des modèles animaux de la maladie d’Alzheimer ou chez des patients souffrant d’Alzheimer, ont toutes révélé une diminution des bactéries anti-inflammatoires et une augmentation de celles pro-inflammatoires, malgré certaines différences dans les profils de microbiote entre les études. Ces projets ont également mis en évidence une diminution de la diversité bactérienne intestinale dans la maladie d’Alzheimer. D’ailleurs, dans « l’hypothèse hygiénique » une telle réduction de la diversité du microbiote est associée à un déséquilibre entre les cellules immunitaires Th1 et Th2 (déséquilibre généralement rencontré dans les maladies inflammatoires ou immunitaires) et la maladie d’Alzheimer est elle-même considérée comme une maladie neuro-inflammatoire.

Toutes ces découvertes ont conduit à imaginer qu’un jour la modulation du microbiote pourrait devenir un outil de traitement des maladies neurodégénératives, telles que la maladie d’Alzheimer. Cependant, il est important de garder à l’esprit que, malgré sa souplesse, le cerveau pourrait ne pas être en mesure de récupérer. Par conséquent, la modulation du microbiote pourrait être mieux utilisée à titre préventif, comme il est conseillé de la faire avec l’alimentation et le sport. De plus, il n’existe actuellement aucune approche validée pour modifier le microbiote intestinal et les modulateurs doivent être administrés à long terme pour maintenir leurs effets.

Références :

 

Traduction par Emilie Massard d’un article de Dr. Sidonie N. Lavergne, disponible en anglais ici.

Intéressé·E par ce sujet ? Lisez aussi notre article L’INTESTIN : NOTRE DEUXIÈME CERVEAU ?

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