L’intestin : notre deuxième cerveau ?

Depuis quelques années on entend parler de « l’intestin notre deuxième cerveau ». Dans le cadre de la 21ème semaine du cerveau, événement auquel nous avons participé, nous nous sommes intéressés à l’axe très étudié par la communauté scientifique qui concerne notre microbiote intestinal, notre intestin et notre cerveau.

Une symbiose entre Homme et Bactéries

 

Le microbiote correspond à l’ensemble des micro-organismes (virus, bactéries, champignons…) qui vivent au contact de notre organisme. Il existe différents microbiotes : au niveau de la peau, de la bouche, de l’intestin, du vagin, etc. Le microbiote intestinal est le plus important, c’est environ 600 000 gènes contre 23 000 gènes humains (Source : INRA). L’homme et son microbiote sont en symbiose ; les interactions entre nos cellules, organes et microbiote sont constantes et ce depuis notre naissance. Ainsi nos foies, nos cellules adipeuses et même notre cerveau reçoivent des stimuli de ce microbiote que l’on peut aujourd’hui considérer comme un organe à part entière. Un organe avec encore de nombreuses fonctions à découvrir malgré des avancées scientifiques intéressantes ces dernières années.

 

 

 

Un dialogue permanent, comment la communication intestin – cerveau a-t-elle lieu ?

On a tous remarqué que les activités de notre tube digestif peuvent-être modifiées (intensifiées) par nos émotions. En effet notre intestin a son propre système nerveux ; c’est le système nerveux entérique. Il regroupe environ 200 millions de neurones, c’est presqu’autant que notre cerveau !

Certains neurones entériques sont des neurones médiateurs, c’est-à-dire qu’ils sécrètent des neurotransmetteurs comme la sérotonine. La sérotonine va avoir un rôle sur notre système nerveux central et jouer sur nos émotions.

La communication entre notre intestin et notre cerveau se fait en partie via le nerf vague. Grâce à cette communication notre cerveau récupère les informations concernant l’état digestif et immunitaire. Inversement, le cerveau peut se charger de ‘réguler la digestion’ et de déclencher les réactions nécessaires.

 

 

Le microbiote intestinal est-il impliqué dans cet axe ? 

Cet axe intestin-cerveau implique le microbiote car il peut, par différents moyens émettre des signaux. Notre microbiote est fixé sur notre barrière épithéliale intestinale il peut donc directement émettre des signaux au système nerveux entérique.

Les études sur des modèles animaux ont permis de démontrer que les rats axéniques (stériles, sans microbiote) sont plus sensibles au stress. Il est montré que, des souris sans microbiote présentent des problèmes de perméabilité intestinale. Cependant des chercheurs ont mis en évidence que le transfert d’un microbiote sain permet d’améliorer ce désordre intestinal.

Notre microbiote a également la capacité de digérer certains aliments comme les fibres. Suite à la digestion de ces fibres, notre microbiote relâche des métabolites (AGCC, Sérotonine) qui peuvent à leur tour envoyer des signaux à notre organisme. Les métabolites synthétisés par le microbiote peuvent donc gagner notre cerveau par voie sanguine ou nerveuse. Ainsi le microbiote influence nos comportements et régule nos réponses émotionnelles (stress, anxiété, dépression, …).

D’autres recherches ont montré que l’ingestion d’une bactérie lactique particulière (probiotique) peut diminuer de façon conséquente le stress chez le rat. Ces chercheurs ont démontré que cette bactérie permettait de rendre notre barrière intestinale moins perméable. Cette action permet donc de restreindre le passage de certaines molécules neuro-inflammatoires induisant un stress. L’action de ces bactéries peut donc être considérée comme « antistress ». 

Le microbiote intestinal participe-t-il au développement cérébral et aux maladies neurologiques ?

Le traitement des maladies neurodégénératives est une question de santé publique. Ces dernières années, on a pu voir une diminution des maladies infectieuses due à l’ère des antibiotiques. En parallèle on observe une augmentation des maladies chroniques (diabète, cancers, maladies cardiovasculaires, Alzheimer…). Aujourd’hui en France, 1.4 millions de personnes sont touchées par une maladie neurodégénérative (Source : Santé Publique France). Les plus fréquentes sont l’Alzheimer, Parkinson, la Sclérose en plaque.

Certaines études effectuées sur des souris ont pu déterminer que les interactions sociales peuvent être potentiellement modifiées par le microbiote. Des études ont également montré qu’une séparation maternelle ou une prématurité induisait une dysbiose (déséquilibre du microbiote) chez l’enfant et augmentait le risque de maladies psychiatriques dans sa vie d’adulte.

Toutes ces recherches amènent à penser à un lien étroit entre le microbiote et le développement de troubles neurologiques.

Des pathologies neurologiques sont très étudiées et sont de plus en plus mises en relation avec le microbiote, c’est le cas l’autisme. En effet les personnes présentant un trouble du spectre de l’autisme (TSA), connaissent pour la grande majorité, des troubles gastro-intestinaux (diarrhée, constipation). La communauté scientifique a mis en évidence une corrélation entre la sévérité des troubles comportementaux et gastro-intestinaux. D’autre part, l’altération du microbiote chez les personnes atteintes de maladie telle que l’autisme laisse penser que les maladies neurologiques sont la cause, ou sont cause, de la dysfonction de l’axe : Microbiote intestinal – Intestin– Système nerveux central.

On peut conclure que malgré le fait que le microbiote intestinal soit avant tout protecteur et fonctionnel, il peut être impliqué chez certaines personnes dans diverses pathologies inflammatoires, métaboliques et neurologiques. Toutes ces études et connaissances permettent aujourd’hui d’imaginer les perspectives thérapeutiques du microbiote. Le microbiote peut potentiellement être un levier intéressant pour améliorer les pathologies cérébrales.

Si vous aussi vous souhaitez faire avancer la recherche, n’hésiter à vous inscrire en suivant ce lien pour participer à l’une de nos études cliniques ! Il vous suffit de cliquer sur la photo ci-dessous :

Auteur : Marie Joulaux, Biofortis Mérieux NutriSciences